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[Passe à ton voisin] – La malédiction de Jacinta / Lucia Puenzo

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La malédiction de Jacinta / Lucia Puenzo

Pepino – littéralement, concombre – est un jeune homme petit et désorienté. Il vit dans la Plata, à Buenos Aires, un quartier en marge. Tenant son surnom de la série Señora Maestra, qui mettait en scène une classe d’enfants dans laquelle il jouait un bègue, il est obsédé par son auteur : Santa Cruz.

Un soir, alors qu’il a décidé de tuer Bochatón – un chanteur rock sur le retour – pour le faire accéder à la gloire, il rencontre une jeune femme grande et perdue : Twiggy. Schizophrène, droguée et loufoque, elle reconnaît sa solitude dans les yeux de ce garçon aux airs d’orphelin. Ils tombent amoureux. Devenus inséparables, après avoir cru croiser Santa Cruz dans la rue, ils apprennent la mort mystérieuse de Jacinta Pichimahuida, l’institutrice de la série. S’ensuivent des disparitions tragiques d’anciens acteurs, enfants stars, tombés depuis dans l’anonymat. Mais Santa Cruz est-il toujours vivant ? Qui se cache derrière Pepino, celui que personne ne reconnaît jamais ?

Lucía Puenzo nous offre avec La malédiction de Jacinta un portrait au vitriol d’une Argentine cernée par la violence et la drogue. Enfants déboussolés d’avoir connu le succès trop jeunes, mère ambitieuses qui confondent leur reflet avec celui de leur progéniture, auteurs de séries à succès vaniteux… Aucun des travers de notre société du spectacle éphémère n’est épargné. Avec un humour noir et décapant, Lucía Puenzo nous propose une vision décalée et extrême d’une civilisation en perte de repères.

Excellent roman contemporain qui, à travers l’histoire touchante d’un jeune anti-héro et de son amour pour Twiggy son alter ego social, aborde et traite les thèmes suivants : la télé-réalité et ses excès ; l’exploitation, la manipulation d’enfants acteurs par un réalisateur de séries télé , les conséquences dramatiques pour ces jeunes devenus adultes et leurs familles ; en quoi l’abêtissement par la télévision la plus médiocre empêche l’évolution de l’humanité, la tient en laisse, en la réduisant à des comportements primitifs et voyeurs.

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Suite(s) impériale(s) /Bret Easton Ellis. – Laffont, 2010

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ob_657e0f_rl10-suites-imperiales-jpgNote de l’éditeur

Clay, l’anti-héros du premier best-seller de Ellis, Moins que zéro, revient à Los Angeles. Il a vingt ans de plus, il est un peu plus vieux, un peu plus seul et désoeuvré. Il retrouve ceux qu’il a connus dans sa jeunesse, Blair, Trent, Julian, Rip… les représentants d’une génération dorée et perdue, abandonnés à la vacuité, la solitude et la vanité qui les détruisent. Producteur associé à l’adaptation cinématographique de son dernier scénario, Clay participe au casting du film, joue de son pouvoir, séduit Rain, une jeune actrice sublime et sans talent, lui fait de fausses promesses. Il est prêt à tout pour la posséder. Mais qui manipule qui ? Clay découvre vite qu’il est constamment observé et suivi…Jalousie, trahisons, meurtres, manipulations… ici, dans la Cité des Anges, chacun se heurte aux mêmes jeux d’emprise et aux mêmes démons, s’enivre de sexe, d’images, de drogues, de fêtes irréelles… et se révèle toujours plus amer et désespéré. Le vide et la fureur aspirent les personnages, et leur font perdre tout sens des limites. On est saisi par la virtuosité du style sobre et acéré, les chapitres courts donnent à la narration un rythme percutant. L’atmosphère est oppressante, la noirceur non dépourvue d’humour. L’angoisse et la tension croissantes annoncent une lente descente aux enfers. Le portrait de notre époque est aussi violent que subversif.

Ce que nos lecteurs en pensent

Je vous l’avoue tout de suite, je n’ai pas lu « Moins que zéro » ce qui ne m’a pas empêché de lire sa suite.
On y fait la connaissance de Clay, scénariste pour Hollywood, revenu à L.A. pour les fêtes de fin d’année et pour le casting de son dernier film.
On y découvre un monde superficiel où seules la jeunesse des corps et l’apparence ont de l’importance, où on est prêt à tout pour devenir célèbre. On est prêt à tout oui, même à s’embarquer dans une trouble affaire de prostitution, de meurtre mêlé de près (ou de loin ?) au réseau de Call-Girls ou du cinéma, on ne sais pas, on ne sait plus…
Personnages troublants et troublés, scénario (car c’est bien de cela que nous gratifie Bret Easton Ellis) Bien ficelé, montage virtuose. L’intrigue s’épaissit au fil des pages et Bret Easton Ellis parvient à nous tenir en haleine.

La tristesse des anges / Jon Kalman Stefanson – Gallimard, 2011

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Présentation de l’éditeur

«Maintenant, il feraiLa tristesse des anges / Jon Kalman Stefanson - Gallimard, 2011t bon dormir jusqu’à ce que les rêves deviennent un ciel, un ciel calme et sans vent où quelques plumes d’ange virevoltent doucement, où il n’y a rien que la félicité de celui qui vit dans l’ignorance de soi.»

Lorsque Jens le Postier arrive au village, gelé, il est accueilli par Helga et le gamin qui le détachent de sa monture avec laquelle il ne forme plus qu’un énorme glaçon. Sa prochaine tournée doit le mener vers les dangereux fjords du nord qu’il ne pourra affronter sans l’assistance d’un habitué des sorties en mer.

De son côté, le gamin poursuit sa découverte de la poésie et prend peu à peu conscience de son corps, des femmes, et de ses désirs. C’est lui qu’on envoie dans cet enfer blanc, «là où l’Islande prend fin pour laisser place à l’éternel hiver», y accompagner Jens dans son périple. Malgré leur différence d’âge, leurs caractères opposés, ils n’ont d’autre choix que de s’accrocher l’un à l’autre, s’accrocher à leurs amours éloignées, pour ne pas céder à l’impitoyable nature.

Avec une délicatesse poétique singulière, Jón Kalman Stefánsson nous plonge dans un nouveau parcours à travers les tempêtes islandaises. Au milieu de la neige et de la tentation de la mort, il parvient à faire naître une stupéfiante chaleur érotique, marie la douceur et l’extrême pour nous projeter, désarmés et éblouis, dans cette intense lumière qui «nous nourrit autant qu’elle nous torture».

Ce que nos lecteurs en pensent

Merveilleux voyage écrit dans une langue pure, simple et profonde. J’ai parcouru avec Jens et le gamin les landes enneigées islandaises. J’ai grelotté quand j’ai lu, accrochée à chaque mot, leur périple de jour et de nuit. Je voulais moi aussi que les sacoches de courrier arrivent à destination malgré le vent, la neige, les tempêtes, le froid et la fatigue.

Stefanson me fascine dans sa manière de nous happer dans cet univers impitoyable, si bien décrit, si réel et intense : une lutte entre les hommes.

Et c’est l’austérité de ces lieux qui met en lumière toute la chaleur humaine incroyablement érotique, et toute une solidarité qui se lit à chaque phrase. Un univers hostile mais des rencontres et des liens humains fabuleusement beaux.
Un roman qui marque les corps autant que les esprits et une traduction irréprochable. Sublime et poignant.

A lire !