Le monument tel qu'il fut découvert au matin du 20 avril 1976 (Médiathèque d'Arras, cliché Voix du Nord).
En passant

[Il y a quarante ans à Arras…] : 20 avril 1976 : Les Rosati ont perdu la tête !

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A l’occasion de son déménagement, l’agence d’Arras du quotidien « La Voix du Nord » a cédé en 2015 ses archives photographiques à la Médiathèque d’Arras. Le service Patrimoine dispose ainsi de plusieurs milliers de négatifs, formats 6×6 et 24×36, couvrant la période 1976-2004.

A l’aide de ces documents, et du fonds photographique des archives communales de la ville d’Arras et de la Médiathèque, nous inaugurons en ce mois d’avril 2016, une nouvelle rubrique intitulée « Il y a quarante ans à Arras… ». Une à deux fois par mois, nous évoquerons à quarante ans de distance, les évènements qui, petits ou grands, ont rythmé la vie d’Arras et de son agglomération.

Ce jour-là, les employés municipaux chargés de l’entretien des jardins du Gouverneur, près de la citadelle, on la surprise de découvrir que les deux statues ornant le monument aux Rosati ont été décapitées.

Le monument tel qu'il fut découvert au matin du 20 avril 1976 (Médiathèque d'Arras, cliché Voix du Nord).

Le monument tel qu’il fut découvert au matin du 20 avril 1976 (Médiathèque d’Arras, cliché Voix du Nord).

 

Les têtes manquantes sont rapidement retrouvées… au fond du bassin du parc, curé pour l’occasion.

« Serait-on encore anti-Robespierriste à Arras ? » s’interroge le journaliste de la Voix du Nord qui fait remarquer qu’un des personnages décapité porte un costume du XVIIIe siècle, et que le célèbre révolutionnaire était membre des Rosati alors qu’il n’était encore qu’un avocat du barreau d’Arras. Il conclut toutefois à un vandalisme gratuit.

Ce monument qui rend hommage aux membres de la société littéraire artésienne a été érigé en 1928 pour célébrer son cent cinquantième anniversaire. On le doit au sculpteur parisien Augustin Lesieux. Les deux statues évoquent le Rosati de 1778 et celui de 1928, devant un bas-relief représentant des jeunes femmes encadrées de roses. Une pergola, placé derrière le monument préfigurait un théâtre de verdure qui ne fut jamais réalisé.

Le monument et sa pergola photographiés durant l'entre-deux guerres dans le jardin du gouverneur (Médiathèque d'Arras).

Le monument et sa pergola photographiés durant l’entre-deux guerres dans le jardin du gouverneur (Médiathèque d’Arras).

Le monument aux Rosati, démonté pour restauration en 1997 par les élèves de l’école des Beaux-arts d’Arras, est inauguré le 11 juin de l’année suivante dans le jardin de l’Hôtel de Ville, place de La Vacquerie.

Le monument à son emplacement actuel dans le jardin de l’Hôtel de Ville (Médiathèque d'Arras).

Le monument à son emplacement actuel dans le jardin de l’Hôtel de Ville (Médiathèque d’Arras).

 

Le 1er Janvier 1916 à Arras, d'après Jules Mathon.
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Le jour de l’An 1916 à Arras, d’après Jules Mathon

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Fonctionnaire aux Contributions indirectes depuis 1889, Jules Mathon (1867-1945) dirige l’entrepôt des tabacs d’Arras au moment où éclate la Première Guerre mondiale. Il fait alors partie des rares fonctionnaires qui restent dans Arras pendant les quatre ans du siège de la ville. Durant cette période, il va couvrir de grandes feuilles blanches réglées d’une écriture longue et penchée. Son journal qui comprend plus de mille pages est extrêmement détaillé : pour chaque jour, on y trouve la météo, le nombre d’obus tombés, l’heure de leur chute, leur localisation précise en ville, ainsi que le nombre et le nom des victimes… Son crayon se fait souvent accusateur : officiers incapables, soldats ivrognes ou pillards, Jules Mathon laisse paraître son indignation à de nombreuses reprises.

Le 1er Janvier 1916 à Arras, d'après Jules Mathon.

Le 1er Janvier 1916 à Arras, d’après Jules Mathon.

Du 1er Janvier 1916. Un peu de pluie; tempête le soir. Vers 1h soir, 7 obus de 210 dans la direction de St Michel, matin et après-midi, peu de canonnade.

Les Allemands ont un peu tiré dans les alentours d’Arras. Canonnade au nord, assez vive, vers 1h soir.

Un état-major venu d’Achicourt habite les maison Marchand, rue Frédérique Degeorges. Une équipe de soldats remplit de chaux des sacs à terre et s’occupe de l’installation des M. M. les officiers. Des poêles sont installés dans les caves, dans les salons. La fumée noircit les murs. Respect de la propriété privée!

Il paraît que lors d’une attaque, en 7bre 1915, sur Roclincourt, des officiers qui devaient participer à l’assaut sont restés dans leurs abris.

On me dit que l’on fait évacuer Achicourt.

Des soldats ivres traînent dans les rues et entrent pour boire, dans les cabarets. Où sont les officiers ? Ils font la noce ! Où est la discipline ? À l’eau !

Nuit calme.

Le 1er janvier 1916 a ressemblé au premier janvier 1915. Même temps, même canonnade. Que la vie est belle !

Il reçoit la Légion d’Honneur en février 1918 avec la citation suivante : « … En toutes circonstances, si périlleuses fussent-elles, s’est appliqué à rendre service à ses concitoyens… Jouit de l’estime et de la considération générale de tous ses concitoyens ».

Conseiller municipal d’Arras entre les deux guerres, Jules Mathon reste de nouveau à son poste aux heures sombres de la débâcle de 1940 et forme sous l’occupation un groupe de résistance. A son décès en avril 1945, une foule nombreuse lui rend hommage en accompagnant son cortège funèbre.

Auguste Coty (1887-1950)
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Auguste Coty photographie Arras pendant l’hiver 1914-1915

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Originaire du Havre, Auguste Coty (1887-1950) rejoint le 136e régiment d’infanterie de Saint-Lô, à la déclaration de guerre en août 1914.

[L'auteur, Auguste Coty]

Auguste Coty (1887-1950)

C’est en qualité de médecin qu’il participe avec ses camarades normands à la défense de Blangy et du faubourg Saint-Sauveur d’Arras durant l’automne et l’hiver 1914-1915. Le régiment est ensuite engagé à Roclincourt au cours de l’offensive d’Artois de mai 1915.
Grâce à lui et à son appareil photo, nous possédons un témoignage visuel exceptionnel sur le quotidien des poilus au moment où le front se fige aux portes d’Arras.

 

 

A la porte du même P.S. brancard roulant à une roue inventé et crée par nos brancardiers. De g. à d. Tillaux, Turquatel, Lucas.

« A la porte du même P.S. brancard roulant à une roue inventé et crée par nos brancardiers.
De g. à d. Tillaux, Turquatel, Lucas.« 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ses clichés pris souvent en première ligne, ce qui reste rare durant toute la Première Guerre mondiale, sont empreints d’une grande authenticité. Ils nous montrent les soldats mais aussi la ville d’Arras et ses faubourgs, au début d’un siège qui va durer quatre ans.

La Place de la Gare d'Arras à la fin de l'année 1914, album photographique d'Auguste Coty, planche 40.

La Place de la Gare d’Arras à la fin de l’année 1914, album photographique d’Auguste Coty, planche 40.

Auguste Coty sert comme médecin aide-major au 136e puis au 88e Régiment d’Infanterie, d’août 1914 à juillet 1919.
Croix de Guerre, titulaire de trois citations, deux fois blessé, il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1923 avant de devenir Officier du même ordre en 1947, en raison de son dévouement comme médecin-chef de la Défense Passive de la ville du Havre entre 1940 et 1944.

Jeanne Gaston à sa porte, au numéro 14 de la Grand'Place d'Arras.
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Jeanne René, la Madelon d’Arras.

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Lorsqu’en Août 1914, un certain Sioul, artiste de seconde catégorie, est mobilisé au 17e régiment d’artillerie, cantonné à Fontenay-sous-Bois. Il emporte dans son paquetage la partition de Quand Madelon que Charles Joseph Pasquier Bach avait créée sur la scène de l’Eldorado au début de la même année. Les camarades apprennent la chanson avec Sioul, puis la répandent dans d’autres régiments, d’autres casernements, les gares, les hôpitaux, etc. Après l’armée française, ce sont les civils qui finissent par connaître la chanson grâce aux poilus.

Quand Madelon :

« Pour le repos, le plaisir du militaire,
Il est là-bas à deux pas de la forêt
Une maison aux murs tout couverts de lierre
Aux vrais poilus c’est le nom du cabaret

La servante est jeune et gentille,
Légère comme un papillon.
Comme son vin son œil pétille,
Nous l’appelons la Madelon
Nous en rêvons la nuit, nous y pensons le jour,
Ce n’est que Madelon mais pour nous c’est l’amour. »

Vous pouvez entendre cette chanson populaire en cliquant sur le lien ci-dessous :

Quand Madelon , chanson créée par Bach en 1914

Une « Madelon » existe à Arras, au numéro 14 de la Grand Place exactement. Elle se prénomme Jeanne, Elle fait partie d’une fratrie de quatre enfants née de l’union de Gaston René, tireur de vin, et d’Angèle Lebas, cabaretière. La famille s’installe à cette adresse dès 1896, dont Gaston René est propriétaire depuis un an. Neuf ans plus tard, la maison familiale devient un estaminet, « Au fer à cheval doré ».

Jeanne Gaston à sa porte, au numéro 14 de la Grand'Place d'Arras.

Jeanne Gaston à sa porte, au numéro 14 de la Grand’Place d’Arras.

Jeanne n’est âgée que de 24 ans lorsque la guerre éclate. En octobre 1914, elle est blessée par un obus qui tue son père. Auguste Coty, médecin major du 136e régiment d’infanterie de Saint-Lô, est à Arras. Il témoigne:

Extrait de l'album photographique d'Auguste Coty, conservé à la Médiathèque.

Extrait de l’album photographique d’Auguste Coty, conservé à la Médiathèque.

Jeanne Gaston fut blessée en Octobre 14 par un obus qui tuait son père. Je la soignai, elle guérit et me paya de sourires… Et rien de plus… Mais cela comptait.

 

 

Voici le sourire de la jeune femme qu’Auguste Coty baptise « la Madelon » dans son album photographique.

Portrait de Jeanne René, album photographique d'Auguste Coty.

Portrait de Jeanne René, album photographique d’Auguste Coty.

Au lendemain de la Grande Guerre, l’estaminet sera tenu par la mère de Jeanne René jusqu’en 1939.

Pierre Cressonnier à Gauche
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Pierre Cressonnier, clerc d’avoué arrageois dans la Grande Guerre (1861-?)

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À la veille du conflit, le clerc d’avoué Pierre Cressonnier travaille dans l’étude arrageoise de Gustave Tricart rue Chanzy. À partir de septembre 1914, il devient le dépositaire des titres et dossiers de l’étude, G. Tricart étant réfugié à Bellevue en Seine-et-Oise. Il veille alors sur les biens et les dossiers de son employeur à qui il rend compte très régulièrement par courrier.Lettre de Pierre Cressonnier du 21 octobre 1914

lettre de Pierre Cressonnier le 21 octobre 1914

lettre de Pierre Cressonnier. Arras, le 21 octobre 1914

 

Pierre Cressonnier à Gauche

Pierre Cressonnier à Gauche

Au travers des quelques 180 lettres conservées sur une durée de quatre ans, on peut suivre Pierre Cressonnier s’acquittant scrupuleusement de sa tâche. Si l’étude de Gustave Tricart est bombardée dès octobre 1914, P. Cressonnier continue de veiller sur les valeurs et titres enterrés dans le jardin, auxquels il fait de fréquentes et sibyllines allusions dans sa correspondance. Il rédige ses lettres la plupart du temps en deux parties : la première où il s’efforce de rassurer G. Tricart et sa famille sur le sort de leurs biens, et la seconde, où il tient un journal hebdomadaire des évènements survenus à Arras. Dans le même temps, Pierre Cressonnier est nommé greffier du tribunal d’Arras et auxiliaire du juge de paix en juillet 1915. Il ne quitte Arras qu’au moment de l’offensive allemande du printemps 1918. Au lendemain du conflit, c’est à Chaulnes qu’il officie en tant que juge de paix.

 

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Vidéo

[& Pat’ Emoi] – Violette : Un hommage, une rencontre, un film

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Violette : Un hommage, une rencontre, un film

    Un hommage:

Violette Leduc nait à Arras le 7 avril 1907. Lorsque sa famille déménage pour la capitale, la jeune femme est embauchée aux éditions Plon, et découvre ainsi la sphère littéraire parisienne. Encouragée par son ami Maurice Sachs, Violette se lance dans l’écriture avec l’Asphyxie. Ce premier roman autobiographique est publié aux éditions Gallimard en 1946, grâce à Simone de Beauvoir. Le succès n’est pas au rendez-vous. Violette ne cesse de puiser l’encre de sa plume dans les meurtrissures de son existence. Mais Il lui faut attendre l’automne 1964, pour passer d’une totale obscurité à une grande notoriété avec une autobiographieLa Bâtarde.

L’oeuvre lyrique, exaltée et poétique de Violette Leduc imprègne la vie de René de Ceccatty, lui-même écrivain et auteur dramatique. Il lui dédie d’ailleurs un hommage publié en 1994 aux éditions StockViolette Leduc : Eloge de la Bâtarde.

Vingt ans après la mort de Violette Leduc (1907-1972), j’écrivais, pour la collection que dirigeaient J-M-G Le Clézio et sa femme Jemia, et qu’animait Philippe Rey, un hommage à cet écrivain dont la découverte a été déterminante pour moi. Le principe de cette collection éphémère était de proposer un texte qui soit à la fois un portrait et une confidence intime. Il ne s’agit donc pas d’une biographie, mais du récit très personnel de mon rapport avec l’œuvre de Violette Leduc. J’y raconte l’influence qu’elle exerça sur ma vie personnelle et ma vie de lecteur et d’écrivain. J’y analyse ses livres, en les comparant à d’autres œuvres qui ont également compté pour moi (Marguerite Duras, Jean Genet, Tony Duvert, Julien Green, Pasolini entre autres).

http://livre.fnac.com/a6174843/Rene-de-Ceccatty-Violette-Leduc-eloge-de-la-batarde

Une rencontre:

Alors qu’il scénarise le film Séraphine, Martin Provost rencontre René de Ceccatty.L’Eloge de la Bâtarde passe de mains en mains. Le réalisateur, fervent admirateur des femmes visionnaires d’une autre époque, est immédiatement tombé sous le charme de l’écrivain : « Pour moi, Séraphine et Violette sont sœurs. Leurs histoires sont si proches, c’est troublant ».

René de Ceccatty se souvient:

Lorsque Martin Provost préparait son film Séraphine, je fis sa rencontre et lui appris que Violette Leduc était une grande admiratrice de cette artiste autodidacte et mystique. Martin se mit à lire Violette Leduc et, complètement conquis par son talent et sa personnalité, il décida de lui consacrer un film, en me demandant mon aide pour l’écriture du scénario, avec son ami Marc Abdelnour.
Ce film que j’ai co-écrit évoque donc la vie de Violette entre 1942 et 1958, c’est-à-dire entre le moment où elle écrit son premier livre et celui où elle commence la rédaction de La Bâtarde et va donc connaître le succès.

http://livre.fnac.com/a6174843/Rene-de-Ceccatty-Violette-Leduc-eloge-de-la-batarde

Un film:

Comme la quasi-totalité de l’oeuvre de Violette Leduc s’est construite à partir des évènements marquants de sa vie, le film est fractionné en chapitres, tel un livre. Martin Provost tenait à cette transcription symbolique du rapport de l’auteure à l’écrit.

 

Violette : Un hommage, une rencontre, un film

A l’occasion de la sortie du film, le livre de René de Ceccatty est réédité aux éditions Stock. L’édition de 1994 est consultable au service Patrimoine écrit et histoire locale de la Médiathèque de l’Abbaye Saint-Vaast (B.M. Arras, B 23323), comme la plupart des romans de l’auteure arrageoise, Violette Leduc.