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MUSIKOTHE 12 DECEMBRE – Les chansons engagées

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Elle dénonce, critique, défend une cause  et rêve d’un monde meilleur : plus que jamais, la chanson engagée n’a pas fini de s’indigner !

« Strange fruit » par Billie Holiday

Après avoir vu les photos du lynchage de deux jeunes garçons noirs dans l’Indiana en 1930, un enseignant juif de New-York, Abel Meeropol, fut tellement choqué qu’il écrivit le poème « Bitter fruit ». Mise en musique par sa femme, la chanson acquiert une certaine notoriété dans le milieu de la gauche new-yorkaise. Puis Abel propose la chanson à Billie qui l’enregistre en 1939. Ces « fruits amers et étranges » sont bien sûr les corps des noirs pendus, victimes du racisme,. Les trois couplets dépeignent, avec un réalisme brutal teinté d’ironie, les agissement racistes dans la douceur des campagnes du Sud (« l’odeur du magnolia, douce et fraîche/et soudain l’odeur de la chair qui brûle ») La chanteuse touchée par le texte qui fait écho en elle, en fait LA chanson-phare de son répertoire. Elle l’interprètera durant toute sa carrière avec beaucoup de sensibilité, de gravité et d’intensité, quelques fois dans des salles de spectacles hostiles. En 1999, Time Magazine décrète que « Strange Fruit » est la plus grande chanson du XXe siècle.

« En avant » par François Béranger

Autodidacte tendre et libertaire, François Béranger a souvent été oublié volontairement par les médias qui n’appréciaient pas les chansons contestataires de ce symbole post Mai 68. Cependant, il a su rallier un public fidèle et sensible à ses révoltes contre les injustices et ses chansons sont aujourd’hui redécouvertes par une génération d’artistes qui rendent hommage à un chanteur sincère toujours resté en dehors du système qu’il a dénoncé. Les textes tonitruants et bruts sont portés par une voix chaude sans apparat et les musiques sont le fruit de différentes rencontres artististiques. Les chansons de Béranger sont souvent empreintes de colère – contre l’ordre établi, (Joue pas avec mes nerfs), contre une société basée sur le fric (Combien ça coûte ?) contre le racisme et le colonialisme (Mamadou m’a dit)… et de tendresse aussi. (Natacha, Le vieux, Pour ma grand-mère).

« En avant », extraite de l’album paru en 1997 après une longue période de retrait volontaire du métier, concilie ces deux aspects. C’est une tendre évocation familiale des luttes et des acquis de 1936 et de la colère de les voir disparaître aujourd’hui un à un.

 

« Bien mérité » par Clarika

Sur un air aux allures de chanson enfantine avec un vocabulaire très simple et des expressions naïves, Clarika nous rappelle d’abord d’une voix faussement ingénue la chance d’être né en France. « Naître en République dans une clinique chauffée/Ben ouais, je l’ai bien mérité » Elle nous fait ensuite nous interroger sur tous ceux qui ont eu la malchance de naître sous les bombes, dans un pays aride, ou qui s’enfuient au péril de leur vie loin de la misère et la guerre. Elle conclut sur un message d’espoir « Donnons-nous les moyens ».

« Lampedusa » par Debout sur le Zinc

Pas très connu du grand public, ce combo festif de la région parisienne vient de sortir un album « Eldorado[s] » avec 2 nouveaux musiciens. Leur musique énergique, mélange de chanson et de rock avec un touche musique du monde, porte des textes finement écrits.

« Lampedusa » évoque les rêves et les déceptions de ceux qui cherchaient un avenir meilleur avant d’échouer sur les rives de l’île italienne tristement célèbre aujourd’hui. « les royaumes enchantés sont régis par des lois/et les contes de fées soumis à des quotas ».

Sans la nommer par La Compagnie Jolie Môme

La Compagnie Jolie Môme est un collectif fortement ancré à gauche et constitué d’un noyau de 13 comédiens et chanteurs qui joue ses propres pièces ou un répertoire hérité de Brecht ou Prévert. La Compagnie chante aussi beaucoup sur les scènes ou dans la rue. Sa reprise de la chanson

« Sans la nommer » écrite en 1969, composée par Georges Moustaki et interprétée pour la première fois au festival de l’île de Wight, commence comme un hommage à une femme anonyme qui se révèle être une allégorie de la Révolution permanente. Durant les années 70, la chanson fut un symbole des mouvements anarchistes ou d’extrême gauche. L’interprétation par la Compagnie en fin d’un album très engagé replace bien la chanson dans ce contexte avec un simple accompagnement d’accordéon et une énumération de luttes sur le refrain final

Alors c’est fini ? Par Michèle Bernard

Au fil de ses chansons, Michèle Bernard révèle ses interrogations (et les nôtres) sur l’état du monde. Sur une musique entraînante d’Amérique du Sud, elle semble dresser la liste des injustices qu’on est las de dénoncer « Alors c’est fini/On change plus la vie/On descend les calicots/On rentre chez soi illico » pour nous dire au final « Un peu de folie/c’est jamais fini/change-moi dit la vie ! »

Peau d’ébène et dents d’ivoire par Gilbert Laffaille

Loin des circuits médiatiques, Gilbert Laffaille poursuit discrètement son chemin de chansons. D’une voix douce et sur des musiques agréables, il nous délivre des textes plein de malice et de bienveillance tout en abordant des thèmes sensibles. Pour « Peaux d’ébène et dents d’ivoire » , il part de la montée du FN Jean-Marie Le Pen (la chanson date de 1996) « Pas la peine, Oh pas la peine de parler de celui-là/De ce type qui pue la haine et empeste le climat » pour assembler le puzzle multicolore de la diversité humaine. « Tous nés de la même terre »

Annie, Rosine, Pierre-Charles, Yvelise et Andrem ont présenté aussi :

– « Merci maman, merci papa » d’Agnès Bihl

– « Tous ces mots terribles » par Gérard Blanchard extrait de la compilation de reprises de – chansons de François Béranger

– « Nuit et brouillard » par Hubert-Félix Thiéfaine extrait de la compilation « Des airs de liberté »

– « Mon grand copain Samir » d’Hervé Demon

– « Bla bla bla » de Katerine

– « Hexagone » de Renaud

– « Le théorème du châle » de Zebda

– « Le tissu » de Jeanne Cherhal

– « La femme grillagée » de Pierre Perret

– « C’est non » par André Minvielle et Lionel Suarez

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