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Le jour de l’An 1916 à Arras, d’après Jules Mathon

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Fonctionnaire aux Contributions indirectes depuis 1889, Jules Mathon (1867-1945) dirige l’entrepôt des tabacs d’Arras au moment où éclate la Première Guerre mondiale. Il fait alors partie des rares fonctionnaires qui restent dans Arras pendant les quatre ans du siège de la ville. Durant cette période, il va couvrir de grandes feuilles blanches réglées d’une écriture longue et penchée. Son journal qui comprend plus de mille pages est extrêmement détaillé : pour chaque jour, on y trouve la météo, le nombre d’obus tombés, l’heure de leur chute, leur localisation précise en ville, ainsi que le nombre et le nom des victimes… Son crayon se fait souvent accusateur : officiers incapables, soldats ivrognes ou pillards, Jules Mathon laisse paraître son indignation à de nombreuses reprises.

Le 1er Janvier 1916 à Arras, d'après Jules Mathon.

Le 1er Janvier 1916 à Arras, d’après Jules Mathon.

Du 1er Janvier 1916. Un peu de pluie; tempête le soir. Vers 1h soir, 7 obus de 210 dans la direction de St Michel, matin et après-midi, peu de canonnade.

Les Allemands ont un peu tiré dans les alentours d’Arras. Canonnade au nord, assez vive, vers 1h soir.

Un état-major venu d’Achicourt habite les maison Marchand, rue Frédérique Degeorges. Une équipe de soldats remplit de chaux des sacs à terre et s’occupe de l’installation des M. M. les officiers. Des poêles sont installés dans les caves, dans les salons. La fumée noircit les murs. Respect de la propriété privée!

Il paraît que lors d’une attaque, en 7bre 1915, sur Roclincourt, des officiers qui devaient participer à l’assaut sont restés dans leurs abris.

On me dit que l’on fait évacuer Achicourt.

Des soldats ivres traînent dans les rues et entrent pour boire, dans les cabarets. Où sont les officiers ? Ils font la noce ! Où est la discipline ? À l’eau !

Nuit calme.

Le 1er janvier 1916 a ressemblé au premier janvier 1915. Même temps, même canonnade. Que la vie est belle !

Il reçoit la Légion d’Honneur en février 1918 avec la citation suivante : « … En toutes circonstances, si périlleuses fussent-elles, s’est appliqué à rendre service à ses concitoyens… Jouit de l’estime et de la considération générale de tous ses concitoyens ».

Conseiller municipal d’Arras entre les deux guerres, Jules Mathon reste de nouveau à son poste aux heures sombres de la débâcle de 1940 et forme sous l’occupation un groupe de résistance. A son décès en avril 1945, une foule nombreuse lui rend hommage en accompagnant son cortège funèbre.

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